Vous avez la carte devant vous, le stylo à la main, et vous écrivez « bonne continuation ». Comme les onze personnes avant vous. La personne va relire cette carte dans dix ans, et elle ne se souviendra de rien.
Voici quarante textes classés selon votre relation avec la personne qui part, et la règle simple qui fait la différence entre un mot poli et un mot qu'on garde.
Faire écrire tout le monde
Un livre d'or numérique, remis le jour du départ
Chacun écrit de son côté, à son rythme, sans se sentir observé. Tous les messages sont délivrés en une fois le jour J. La personne repart avec quelque chose qu'elle relira, pas avec une carte signée à la va-vite dans un couloir.
Voir comment ça marcheLa règle qui change tout : un souvenir précis plutôt qu'un voeu
« Bonne continuation » est un voeu. Il s'adresse à n'importe qui. « La fois où tu es resté jusqu'à 21 heures pour m'aider à finir le dossier Marchand » s'adresse à une seule personne au monde.
Un message de départ qui marque contient trois choses, dans n'importe quel ordre :
- Un fait, daté ou situé. Un moment, un projet, une phrase qu'elle a dite.
- Ce que ça a changé pour vous. Concrètement, pas symboliquement.
- Une seule ligne de voeu à la fin. Une, pas trois.
Si vous ne trouvez pas de fait précis, c'est une information en soi. Écrivez court et sincère plutôt que long et creux.
La méthode Listen Leon : le feedback positif orienté forces
Tous les messages de cette page suivent la même méthode, celle que nous enseignons en formation. Nous l'appelons le feedback positif orienté forces, et elle tient en trois temps.
- Le fait. Ce que la personne a fait, précisément. Une date, un projet, une situation. Jamais une qualité générale.
- La force. Ce que ce fait révèle d'elle : sa fiabilité, son sang-froid, sa pédagogie, sa ténacité, son sens du collectif. C'est le passage du geste à la personne.
- L'effet. Ce que cela a changé pour vous, pour l'équipe ou pour le client. C'est ce qui rend le message impossible à confondre avec une politesse.
Nommer la force est l'étape que presque personne ne franchit, et c'est celle qui fait toute la différence. Un merci dit ce que vous ressentez. Une force nommée dit à la personne quelque chose qu'elle ne sait pas toujours d'elle-même, et c'est ce qu'elle retient.
Ce n'est pas une intuition. Les effets de la reconnaissance sur la motivation, l'engagement et l'usage de ses forces sont mesurés par la recherche, et nous les avons rassemblés sur notre page consacrée à la science de la reconnaissance au travail. Nous avons également mené notre propre étude sur les effets mesurés de la plateforme. Et pour voir la méthode appliquée pas à pas, lisez nos 15 exemples de remerciements orientés forces.
Pour un collègue proche
- Huit ans qu'on partage le même open space et je n'ai pas une seule fois redouté d'arriver le matin. C'est toi qui as fait ça. Je ne sais pas encore à qui je vais raconter mes réunions.
- Tu m'as vue arriver terrorisée à ma première présentation. Tu t'es assise au premier rang et tu as hoché la tête tout du long. Je le fais pour les autres maintenant.
- Merci pour les cafés de 8h15, ceux où on ne parlait pas de travail. C'est là que j'ai tenu les mois difficiles.
- Tu vas me manquer professionnellement, mais surtout tu vas me manquer tout court. On se voit en dehors, et cette fois ce n'est pas une formule.
- Je garde en tête ta phrase du jour où j'ai voulu tout envoyer valser : « attends demain pour décider ». J'ai attendu, et j'ai bien fait.
- Trois ans à travailler avec toi et je n'ai jamais eu à vérifier derrière toi. Tu ne mesures probablement pas à quel point c'est rare.
- Tu as été le premier à me dire que je faisais du bon travail ici. Je m'en souviens précisément, et ça a changé ma façon de me tenir dans les réunions.
- Bon, tu pars. Je ne vais pas faire semblant que ça m'arrange. Prends soin de toi, et donne des nouvelles pour de vrai.
Pour un collègue que vous connaissez peu
C'est le cas le plus fréquent et le plus mal traité. Personne ne vous demande de faire semblant d'être proche.
- Nous n'avons pas travaillé souvent ensemble, mais chaque fois que j'ai eu besoin de quelque chose de votre service, vous avez répondu vite et bien. Merci pour ça.
- Je vous croisais surtout à la machine à café. Vous étiez toujours de bonne humeur à 8 heures du matin, et ça compte plus que vous ne le pensez.
- Nos échanges ont été rares et toujours utiles. Bonne route.
- Je ne vous connais pas beaucoup, mais j'ai entendu votre équipe parler de vous. Ce qu'ils disent est le genre de chose qu'on aimerait tous qu'on dise de nous.
- Merci pour votre travail sur le projet de l'an dernier. Je n'étais pas dans l'équipe, mais nous en avons tous profité.
- Bonne continuation, et sincèrement. Un service qui tourne bien, ça se remarque de l'extérieur aussi.
- Je suis arrivé après vous et vous avez pris le temps de m'expliquer le fonctionnement du service, alors que ce n'était pas votre rôle. Je ne l'ai pas oublié.
- Je retiens votre calme en réunion du 12 mars. Vous étiez le seul.
Pour un manager qui part
- Vous m'avez confié un dossier que je ne me sentais pas capable de porter. Vous aviez raison et moi tort. Merci d'avoir vu avant moi.
- Vous avez dit non à la direction pour protéger l'équipe, au moins deux fois à ma connaissance. Nous le savons.
- Ce que j'emporte de vous, c'est votre façon de commencer les réunions difficiles par les faits et jamais par les personnes. Je m'y efforce.
- Merci de m'avoir laissé me tromper sur le projet Delcourt sans jamais me le renvoyer ensuite. C'est là que j'ai appris le plus.
- Vous êtes le premier manager qui m'a demandé ce que je voulais faire dans cinq ans, et qui a écouté la réponse.
- Bonne route. Vous laissez une équipe qui sait pourquoi elle travaille, et ce n'est pas donné à tout le monde.
Pour quelqu'un qui vous a formé
- Tout ce que je sais faire correctement dans ce métier, je te le dois. Et tu m'as appris sans jamais me faire sentir que je ne savais pas.
- Tu m'as expliqué la même chose quatre fois sans soupirer une seule. Je forme quelqu'un aujourd'hui et j'essaie de faire pareil.
- Le classeur que tu m'as laissé à mon arrivée, je m'en sers encore. Il est annoté de ta main.
- Tu m'as dit un jour que je posais de bonnes questions. J'avais trois semaines d'ancienneté et j'étais persuadée d'être nulle. Ça m'a tenue debout un an.
- Merci de m'avoir formé sur ton temps, pas sur le temps de l'entreprise. Je sais ce que ça t'a coûté.
Avec humour, sans déraper
L'humour marche quand il est précis et bienveillant. Il rate quand il porte sur un défaut, sur le physique, ou sur la raison du départ.
- Tu emportes avec toi la seule personne du service qui savait faire marcher l'imprimante. Nous sommes perdus.
- Onze ans de bons et loyaux services, dont neuf à râler sur le café. Tu vas nous manquer, et le café reste mauvais.
- Je te souhaite une nouvelle équipe aussi patiente avec tes jeux de mots que celle-ci l'a été.
- Officiellement je te souhaite une belle suite. Officieusement je maintiens que tu aurais pu rester.
- Tu pars avec tes tableaux Excel à quinze onglets. Le service respire, et pleure en même temps.
- On m'a demandé d'écrire quelque chose de court. C'est compliqué après six ans. Alors juste : merci, et à bientôt.
Quand le départ n'est pas choisi
Licenciement, fin de contrat non renouvelée, réorganisation. C'est le cas où tout le monde écrit mal, parce que tout le monde est mal à l'aise. Deux principes : ne pas faire semblant que c'est une bonne nouvelle, et ne pas commenter la décision.
- Je ne vais pas te dire que c'est une chance, tu sais bien que non. Je te dis juste que tu as fait un travail sérieux ici, et que je le dirai à qui me le demandera.
- Ce qui arrive n'a rien à voir avec la qualité de ce que tu fais. Je tenais à l'écrire, pas seulement à le penser.
- Mon numéro ne change pas. Si tu as besoin d'une recommandation, d'un contact ou juste de parler à quelqu'un qui connaît le métier, appelle.
- Je suis en colère pour toi. Et je te souhaite de trouver vite un endroit qui te mérite.
En anglais, pour une équipe internationale
- Working with you made this job easier and a lot more enjoyable. Thank you for that, and good luck with what comes next.
- I still use the method you showed me in my first week. You have left more behind than you think.
- Three years, no drama, always delivered. That is rarer than people admit. All the best.
Ce qui marque plus qu'une carte signée dans un couloir
La carte circule le matin du dernier jour. Quatre personnes écrivent une vraie phrase, les autres signent. La personne repart avec une carte qui contient onze prénoms et deux souvenirs.
Le format qui change le résultat est simple : donner à chacun du temps et de l'intimité pour écrire. Quelques jours, seul devant son écran, sans voir ce que les autres ont mis. Puis tout arrive en une fois le jour du départ.
Nous voyons la différence sur notre plateforme. Quand les gens écrivent seuls et sans pression, les messages sont trois fois plus longs et ils contiennent des faits précis. Sur une carte qui tourne, la plupart recopient ce qui est déjà écrit au-dessus.
C'est le principe du Positive Team Challenge, et ça vaut aussi pour un départ isolé.
Six erreurs à éviter
- Faire long sans rien dire. Trois lignes précises valent mieux qu'un paragraphe de voeux.
- Parler de vous. « Je ne sais pas comment je vais faire » est un message sur vous, pas sur elle.
- Recopier ce qu'il y a au-dessus. Ça se voit immédiatement à la relecture.
- Le clin d'oeil que la personne ne comprendra pas dans cinq ans. Elle relira la carte seule, sans contexte.
- Promettre de garder contact si vous ne le ferez pas. Mieux vaut ne rien promettre que promettre à vide.
- Écrire au dernier moment dans le couloir. C'est là que sortent les « bonne continuation ».
Questions fréquentes
Que écrire sur une carte de départ quand on ne connaît pas la personne ?
Restez honnête et court. Une phrase sur ce que vous avez observé de l'extérieur, un mot de bonne route. Personne n'attend de l'émotion de quelqu'un qui n'en a pas à donner, et la fausse familiarité se repère tout de suite.
Quelle longueur pour un message de départ ?
Entre deux et six lignes pour un collègue, un peu plus pour quelqu'un de proche. Ce qui compte n'est pas la longueur mais la présence d'au moins un fait précis.
Peut-on faire de l'humour dans un message de départ ?
Oui, si l'humour porte sur une situation partagée et jamais sur un défaut, sur le physique ou sur la raison du départ. Le test simple : la personne relira ce mot seule dans cinq ans. Est-ce qu'elle sourira encore ?
Que dire à quelqu'un qui part contre son gré ?
Ne présentez pas la situation comme une chance et ne commentez pas la décision. Dites la qualité de son travail, proposez une aide concrète si vous pouvez en donner une, et laissez un moyen de vous joindre.
Pour aller plus loin
Notre banque de 121 messages de reconnaissance permet de filtrer par destinataire et par force, y compris pour quelqu'un qui part. Si vous cherchez à écrire à un collègue en poste, voyez 50 messages de remerciement pour un collègue. Et pour comprendre pourquoi ces mots comptent autant, notre guide de la reconnaissance au travail.
