Un collègue traverse quelque chose de dur. Vous voulez écrire, vous ouvrez la fenêtre de message, et vous la refermez. Par peur de dire une bêtise, de déranger, ou d'être à côté.
Cette hésitation est le problème principal. Dans la plupart des cas, la personne ne se souvient pas de qui a mal formulé les choses. Elle se souvient de qui n'a rien dit.
Voici trente textes selon la situation, et les quelques phrases qui font plus de mal que de bien.
Trois règles qui valent pour toutes les situations
Dire que vous ne savez pas quoi dire est une réponse valable. C'est même souvent la plus juste. « Je ne sais pas quoi t'écrire, mais je pense à toi » vaut mieux que le silence et mieux qu'une formule empruntée.
Ne proposez que ce que vous ferez vraiment. « N'hésite pas si tu as besoin » ne coûte rien et n'engage à rien, donc personne ne l'utilise. Une proposition concrète et limitée est infiniment plus utile : reprendre un dossier précis, faire les courses jeudi, appeler dimanche.
N'attendez pas de réponse. Dites-le explicitement. Une personne en difficulté reçoit parfois trente messages et se sent obligée de répondre à chacun. Écrire « ne réponds pas » est un vrai cadeau.
Pour un deuil
- Je viens d'apprendre pour ton père. Je n'ai pas les mots. Je pense à toi et je ne t'oublie pas. Ne réponds pas à ce message.
- Toutes mes condoléances. Prends le temps qu'il te faut, le travail attendra et nous nous organisons ici.
- J'ai appris la nouvelle. Je ne sais pas quoi écrire de juste, alors je t'écris quand même pour que tu saches que je pense à toi.
- Je suis triste pour toi. Tu m'avais parlé d'elle une fois, à la cafétéria, et j'avais compris ce qu'elle représentait. Toutes mes condoléances.
- Toutes mes condoléances. Je passerai te voir quand tu seras prêt, et pas avant. Dis-moi juste quand.
- Je pense à toi et à ta famille. Je m'occupe de prévenir le service et de reprendre tes dossiers en cours, tu n'as rien à gérer de ce côté.
Quand un proche est malade
- J'ai su pour ta mère. Ça doit être épuisant de tout mener de front. Si tu veux que je prenne tes réunions du mardi, dis-le-moi, c'est déjà noté de mon côté.
- Je pense à toi. Tu n'as rien à expliquer à personne ici, et surtout pas à moi.
- Je sais que tu fais des allers-retours à l'hôpital depuis trois semaines. Ne t'inquiète pas pour le dossier Lambert, je l'ai repris.
- Je ne te demande pas comment ça va, parce que je m'en doute. Je te dis juste que je suis là.
- Prends le temps qu'il faut. Nous tenons la boutique, et personne ne compte tes heures.
Quand le collègue est lui-même malade ou en arrêt long
- On pense à toi ici. Rien d'urgent, aucune question de travail dans ce message, juste un bonjour.
- Le service tourne, tes dossiers sont répartis, tu n'as aucune raison de culpabiliser. Soigne-toi, c'est le seul sujet.
- Je t'écris sans rien attendre en retour. Quand tu auras envie de donner des nouvelles, tu le feras.
- Tu nous manques, et je te le dis parce que c'est vrai, pas pour te mettre la pression de revenir.
- Je passe devant ton bureau tous les matins et je pense à toi. Bon rétablissement, prends le temps qu'il faut.
- Si tu veux qu'on t'appelle, dis-le. Si tu préfères qu'on te laisse tranquille, dis-le aussi, personne ne le prendra mal.
Pour un coup dur professionnel
Un projet arrêté, une candidature interne refusée, une erreur qui a coûté cher, une réorganisation qui supprime le poste.
- J'ai appris pour le projet. Deux ans de travail, ce n'est pas rien à encaisser. Ce que tu as construit reste, même si la décision est ce qu'elle est.
- Je suis en colère pour toi. Tu méritais mieux comme réponse.
- Tout le monde fait des erreurs, peu de gens les assument aussi vite que toi. Ne laisse personne réécrire cette histoire.
- La décision ne dit rien de la qualité de ton travail. Je le pense et je le dirai à qui me le demandera.
- Ça a dû être une sale journée. Si tu veux en parler, je suis là. Si tu veux qu'on parle d'autre chose, je suis là aussi.
- Je n'ai pas de solution à te proposer, juste un café quand tu veux.
Quand vous connaissez peu la personne
- Nous ne nous connaissons pas beaucoup, mais je voulais vous dire que je pense à vous. Bon courage.
- Je me permets ce mot même si nous travaillons peu ensemble. Toutes mes pensées vous accompagnent.
- Bon courage à vous. L'équipe pense à vous, et moi aussi.
- Je n'ose pas déranger, alors juste ces quelques mots : je pense à vous et je vous souhaite du courage.
Quand la personne revient
Le retour est un moment presque aussi délicat que l'absence, et beaucoup plus mal traité. Deux erreurs symétriques : faire comme si de rien n'était, ou en parler tout le temps.
- Content de te revoir. On ne va pas en parler pendant six mois, mais je voulais te dire que j'ai pensé à toi.
- Bon retour. Reprends à ton rythme, personne ici n'a de chronomètre.
- Content que tu sois là. Si un jour c'est trop, dis-le, on s'arrangera.
- Bon retour parmi nous. Je t'ai remis les dossiers en ordre et j'ai noté ce qui a changé pendant ton absence, c'est dans un mail à part.
Les phrases qui font plus de mal que de bien
- « Je sais ce que tu ressens. » Non. Même si vous avez vécu quelque chose de proche, ce n'est pas la même chose, et cela déplace l'attention sur vous.
- « Tout arrive pour une raison. » Cette phrase cherche du sens à la place de la personne. Elle est presque toujours mal reçue.
- « Il faut rester positif. » Cela revient à interdire à quelqu'un d'aller mal.
- « N'hésite pas si tu as besoin. » Sans proposition concrète, cette formule reste lettre morte. Proposez quelque chose de précis.
- Les questions médicales. Le diagnostic, le traitement, le pronostic ne vous regardent pas, sauf si la personne en parle d'elle-même.
- Le silence. C'est l'erreur la plus fréquente, celle qui laisse la trace la plus durable, et elle vient presque toujours d'une bonne intention : ne pas déranger.
Une limite qu'il faut connaître
Un message de soutien fait du bien et ne remplace rien. Si un collègue vous semble en réelle détresse, si son état vous inquiète durablement, ou s'il évoque des idées noires, ce n'est plus un sujet de mots à trouver.
Dans ce cas, orientez vers la médecine du travail, un représentant du personnel, le service de santé au travail ou son médecin traitant. Et dites-le simplement : « Je ne suis pas la bonne personne pour t'aider là-dessus, mais je peux t'accompagner pour prendre rendez-vous. »
Une organisation ne se contente pas de messages bienveillants. Elle a aussi des dispositifs, et savoir les nommer fait partie du soutien.
Ce que ces moments révèlent d'une équipe
Les épreuves personnelles sont le moment où l'on découvre si une équipe est un collectif ou une addition de postes. Ce n'est pas dans les réussites qu'on le voit, c'est là.
Et ce qui se joue est très concret. Quelqu'un qui a été soutenu au bon moment le rend ensuite, souvent à quelqu'un d'autre. C'est l'un des effets les mieux documentés de la reconnaissance au travail : elle circule dès qu'elle commence quelque part. Nous avons rassemblé ces travaux sur notre page consacrée à la science de la reconnaissance au travail.
Questions fréquentes
Que dire à un collègue qui a perdu un proche ?
Une phrase courte, sincère, sans chercher à consoler ni à expliquer. Dire que vous ne savez pas quoi dire est acceptable et souvent juste. Ajoutez que la personne n'a pas à répondre.
Faut-il écrire à un collègue qu'on connaît peu ?
Oui. Un mot court d'une personne éloignée est toujours mieux reçu qu'une absence. Le silence, lui, se remarque et s'interprète, souvent mal.
Quelles phrases éviter dans un message de soutien ?
« Je sais ce que tu ressens », « tout arrive pour une raison », « il faut rester positif », et les questions sur le diagnostic ou le traitement. Évitez aussi « n'hésite pas si tu as besoin » sans proposition concrète derrière.
Comment accueillir un collègue qui revient après une longue absence ?
Ni faire comme si de rien n'était, ni en parler en permanence. Un mot pour dire que vous avez pensé à lui, une phrase pour dire qu'il peut reprendre à son rythme, et ensuite parler d'autre chose.
Pour aller plus loin
Notre banque de 121 messages couvre les moments plus légers, filtrable par destinataire et par force. Voyez aussi les messages de départ et notre guide de la reconnaissance au travail.
